28e sommet de l’Union africaine: un rendez-vous qui restera dans les annales

L'immeuble moderne qui abrite le siège de l'Union africaine à Addis Abeba est un cadeau de la Chine à l'Afrique. Sa construction a coûté près de 200 millions de dollars.
© CTBUH

La réunion des chefs d’Etat pour le 28e sommet de l’Union africaine s’est achevée à Addis-Abeba, le 31 janvier. Ce fut un rendez-vous historique avec le retour du Maroc dans le bloc régional. La famille panafricaniste est désormais au complet. La réunion a également été l’occasion de renouveler le bureau exécutif de l’UA, avec l’élection d’un nouveau président de la Commission qui succède à Mme Dlamaini-Zuma, première femme à occuper ce poste.
 

« Je, Moussa Faki Mahamat, jure solenellement… » Les prestations de serment des commissaires et des nouveaux président et vice-président de la Commission de l’Union africaine (UA) étaient les derniers articles à l'ordre du jour du Sommet de l’organisation continentale, qui s'est achevé le 31 janvier 2017, à Addis-Abeba. Ce 28e sommet fut un rendez-vous au programme particulièrement chargé. Au menu des festivités, il y avait les élections, mais aussi et surtout la résolution de la question épineuse du retour du Maroc dans le giron de l’UA qu’il fallait gérer avec beaucoup de doigté pour ne pas faire exploser l’Union africaine particulièrement divisée sur ce dossier.

Réparti en trois volets distincts, le rendez-vous s’est ouvert le 22 janvier avec le lancement de la réunion des représentants permanents de 54 pays de l’UA, suivie de la rencontre des ministres des Affaires étrangères. Ces premières réunions de haut niveau avaient pour but de préparer l’agenda du Sommet  à proprement parler, qui s'est tenu sur deux jours (30 et 31 janvier) avec la présence des chefs d’Etat et de gouvernements.

Ces rencontres prépraratoires sont utiles. On en a eu la preuve encore cette année avec le projet de retrait collectif de la Cour pénale internationale, accusée par certains Etats d’être hostiles aux Africains. Mais, faute de consensus , le conseil exécutif composé des ministres des Affaires étrangères a décidé de renvoyer la question au plus tard et n'a pas inscrit le dossier à l'ordre du jour. . Selon des sources proches du dossier, le sujet aurait été abordée quand-même pendant la réunion en huis clos des chefs d'Etat le 31 janvier, le dernier jour du sommet, sans que pour autant des recommandations précises aient été faites pour la mise en place d'un calendrier de sortie colective de la CPI.

Le retour du Maroc

La question du retour du Maroc se trouvait en bonne place était à l'ordre du jour du sommet. Avec

l’acceptation du dossier d’adhésion du Maroc par l’assemblée des chefs d’Etat, le royaume chérifien est devenu le 55e Etat de l’Union africaine et ses représentants ont pu siéger dès dimanche 31 janvier parmi leurs pairs africains et participer aux travaux. Paradoxalement, en 1962 le Maroc faisait partie des pays fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine, le prédécesseur de l’UA, mais avait claqué la porte de l’institution en 1984 pour protester contre l'admission en son sein de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), un territoire que Rabat revendique comme faisant partie intégrante de son territoire.

C’est la prise de conscience - dès les années 2010 - que la politique de la « chaise vide » était inefficace, qui a motivé la décision du royaume chérifien de demander de réadhérer au bloc régional africain, avec pour argument l’intensification des relations économiques entre Rabat et les pays africains survenue au cours des dernières années. Mais c’était sans compter avec l’opposition des poids-lourds de l’UA tels que l’Afrique du Sud et l’Algérie qui entretiennent des liens historiques avec la RASD et participent à son financement. Sous leur égide, un groupe de 12 pays a saisi en amont du sommet le conseil juridique de l’UA sollicitant un avis formel sur la légalité d’admission au sein de l’organisation panafricaine d’un pays qui « occupe une partie du territoire d’un Etat membre ».

Si l’objection soulevée a été soutenue par les juristes, la décision finale, ont-ils déclaré, incombait aux chefs d’Etat qui, en huis clos, se sont majoritairement exprimés (39 sur 54) en faveur du retour du Maroc. Le roi Mohammed VI avait fait le déplacement jusqu’à la capitale éthiopienne où se trouve le siège historique de l’UA. Le discours empreint de sincérité et de nostalgie que le souverain chérifien a prononcé à la cérémonie de clôture du 28e sommet a marqué les esprits. « L'Afrique est mon continent, et ma maison. Je rentre enfin chez moi, et vous retrouve avec bonheur. Vous m'avez tous manqué », a déclaré le roi à la tribune.

Passage de témoins

Passée au second plan à cause de l’actualité marocaine, l’élection du bureau exécutif n’en a pas moins occupé les chefs d’Etats pendant les deux jours du sommet. Dans la matinée du 30 janvier, on a assisté d’abord au passage de témoin entre le Tchadien Idriss Déby et le Guinéen Alpha Condé, élu par l'assemblée des dirigeants. Le

président guinéen assumera pour un an la présidence tournante de l’UA. Très ému par l’honneur qui lui échoit, l'heureux élu s’est placé dans le sillage de Kwame Nkrumah dont il a rappelé les idéaux dans son discours d'acceptation : « Au-delà de l’intégration de nos Etats, nous devons réussir celle de nos peuples ».

Le processus électoral s’est poursuivi avec le renouvellement du bureau exécutif de l’UA, pour commencer l’élection du successeur de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission de l’Union africaine. Mme Zuma n’ayant pas souhaité faire un deuxième mandat, il devenait urgent de lui trouver un remplaçant. Une première tentative avait été faite dans ce sens au 27e sommet, à Kigali, mais faute de candidats crédibles, l’élection avait été repoussée. Cette fois, les chefs d’Etats de l’UA estiment avoir trouvé cette perle rare en la personne de Moussa Faki Mahamat, l’un des cinq candidats en lice. Ce Tchadien, fidèle d’Idriss Déby, est un homme du sérail, mais néanmoins un diplomate aguerri, ayant été le ministre des Affaires étrangères de son pays depuis neuf ans.

Les neuf autres membres du bureau exécutif, qui ont été eux aussi élus ou réélus et qui vont accompagner le chef de la Commission au cours des quatre prochaines années de son mandat sont : le Ghanéen Thomas Kwesi Quartey (vice-président), l’Algérien Smail Chergui (Paix et Sécurité), Anthony Mothae Maruping du Lesotho (Economie), le Congolais Martial De-Paul Ikounga ( Ressources humaines et science et technologie), la Burkinabè Cessouma Minata Samate (Politique), l’Egyptienne Amani Abou-Zeid (Infrastructure et Energie), la Soudanaise Amira Elfadil Mohammed (Affaires sociales), le Zambien Albert M. Muchanga (Commerce et Industrie) et l’Angolaise Josefa Leonel Corréa Sacko (Economie rurale et agriculture).

Au cours des travaux de ce 28e sommet, les chefs d’Etat et de gouvernement ont également examiné le rapport du Conseil Paix et Sécurité de l’UA sur la situation en Afrique de juin à décembre 2016 et entériné la demande de création d’un fonds spécial pour combattre le terrorisme. Ils ont aussi adopté le projet de réforme de l’organisation et de son financement proposé par la dream-team du Président Kagame qui avait été missionné par le sommet de Kigali de repenser l’Union africaine à l’horizon 2030. Les propositions inscrites dans le rapport Kagame seront appliquées par la nouvelle Commission selon sa discrétion.

Pour être complet sur le bilan de ce sommet historique riche en décisions, il conviendra d’évoquer l’accueil chaleureux que les dirigeants africains ont réservé au nouveau secrétaire général des Nations unies Antonio Gueterres qui est venu boucler en Ethiopie son premier mois à la tête de l’organisation multilatérale mondiale. Le responsable en chef de la diplomatie internationale a dit à son tour tout le bien qu'il pensait de la grande tradition africaine d’accueillir des réfugiés des pays en crise, alors que les frontières se ferment ailleurs aux demandeurs d’asile et de réfugiés. S’il ne l’a pas évoqué nommément, la politique isolationniste du nouveau président américain et ses possibles conséquences pour l’Afrique était dans les esprits des décideurs réunis à Addis-Abeba. Comme en témoigne le cri d’alarme lancé par le chef de la Commission sortant, Madame Zuma, dans son discours d’adieux.

« Qu'allons-nous faire à ce sujet ? », s’est demandé la chef de l’exécutif continental, concédant avec franchise que c’était là « assurément un des plus grands défis et un des plus grands tests » pour l’unité et la solidarité africaines.

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