RCA: l’église Notre-Dame de Fatima attaquée, flambée de violences à Bangui

La marque d'une grenade devant les portes d'entrée de l'église Fatima à Bangui lors d'une précédente attaque en 2014 (image d'archives).
© MARCO LONGARI / AFP

Bangui a connu une nouvelle flambée de violences ce mardi 1er mai. L'église de Fatima située non loin du PK5 a été attaquée par des hommes armés en plein office religieux. Le bilan est lourd : au moins 16 morts et 99 blessés, selon la Croix-Rouge centrafricaine. Ce climat, électrique, fait craindre à beaucoup un embrasement comme la ville n'en a pas connu depuis plusieurs années. Le président de la République réitère un message de fermeté face aux générateurs de violences.

Tout a commencé ce mardi matin par un incident impliquant un certain Moussa Empereur, un homme appartenant au groupe d'autodéfense de Nimery Matar Djamous alias Force. Incident au cours duquel cet homme aurait été blessé par des Forces de sécurité intérieure. En représailles, un groupe d'hommes armés venus du KM5 a attaqué l'église de Fatima dans laquelle étaient rassemblés des centaines de fidèles catholique pour une messe en hommage à saint Joseph, patron des travailleurs. Un témoin raconte.

Les blessés se comptent par dizaines. Plusieurs personnes sont tuées dont un prêtre très estimé à Bangui, l'abbé Albert Toungoumalé-Baba. Les forces de sécurité intérieure parviennent ensuite à repousser les assaillants vers le KM5. Les blessés sont envoyés vers plusieurs structures de santé et hôpitaux de la ville.

Puis une foule en colère décide de transporter le corps de l'abbé défunt vers la présidence. Le cortège passe par le quartier de Lakouanga où une mosquée sera détruite et deux hommes brûlés vifs. La marche atteint ensuite le centre-ville avant d'être dispersée non loin de la présidence.

Selon MSF, une foule énervée s'est également « regroupée devant l'hôpital géré par l'ONG dans le quartier Sica, menaçant la structure de l'hôpital et entravant l'accès des ambulances ».

Message de fermeté et d'appel au calme de la présidence

Dans ce climat d'extrême tension qui rappelle les heures sombres de 2013-2014, la plupart des Banguissois sont restés terrés chez eux en espérant une accalmie. L'église de Fatima avait déjà été attaquée en 2014. Attaque au cours de laquelle une quinzaine de personnes avaient été tuées.

Pour le porte-parole du gouvernement, Ange Maxime Kazagui, « il s'agit ici d'une énième tentative de provocation de ceux qui ont pensé que le moment était venu de provoquer, de créer le trouble afin que l'on parle encore de conflit confessionnel dans notre pays. Le président de la République fait savoir par ma voix que notre gouvernement ne cèdera pas à ces chantages et nous voulons faire savoir à ces personnes qu'elles seront poursuivies jusqu'à leurs derniers retranchements comme ce fut le cas pour certains et qu'elles seront amenées devant la justice. »

« Nous avons la conviction ferme qu'il s'agit là d'une manipulation des auteurs de la ruée vers Kaga-Bandoro, afin de créer une psychose, afin d'atteindre leurs desseins, poursuit M. Kazagui. Le message aux Banguissois de la part du président de la République et du gouvernement est de garder le calme dans la grande tristesse qui est la leur. Que les Centrafricains ne tombent pas dans le piège des ennemis de la paix, de l'union et de l'unité. Car ce n'est pas en faisant des vengeances que nous allons consolider cette paix. »

Minusca et G5 demande à résister aux manipulations

Pour la Minusca, les responsables sont les hommes du groupe d'autodéfense de Force, ce chef de milices cible d'une tentative d'arrestation ratée il y a trois semaines au PK5. Il aurait cherché hier matin à venger l'arrestation d'un de ses lieutenants selon la force onusienne. La Minusca ne dissimule une inquiétude certaine et « appelle au calme suite aux incidents regrettables, incompréhensibles », qui sont « encore une fois les exactions des éléments du groupe criminel Force et ensuite une foule qui a réagi en essayant de s'en prendre à des civils innocents », a déclaré Vladimir Monteiro, porte-parole de la force onusienne.

Une dernière réaction est venue du G5, l'organe qui regroupe l'ONU, l'Union africaine, l'Union européenne, les Etats-Unis, la France et la CEEAC. « La manipulation de la religion pour servir les intérêts de groupes criminels est inacceptable. Nous invitons tous les Centrafricains à faire preuve de modération et résilience et à résister aux manipulations qui veulent faire retomber le pays dans le piège de la violence et de la vengeance - ce que les criminels qui ont perpétré cet acte espèrent provoquer. Cela doit cesser », a déclaré le G5.

Attendu dans la matinée à Bangui, le cardinal Nzapalainga, chef de l'Eglise catholique en RCA, doit s'exprimer aujourd'hui, dès son retour d'Europe.

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