Djibouti s'inquiète de la détente entre l'Erythrée et ses voisins

(Photo d'illustration) Ismaïl Omar Guelleh, président de Djibouti.
© AFP PHOTO/Carl de Souza

Depuis la paix entre l'Erythrée et l'Ethiopie et après la visite historique du président somalien à Asmara, l'heure est à la détente dans la Corne de l'Afrique. Mogadiscio a même demandé à l'ONU de lever les sanctions internationales imposées contre l'Erythrée. Des propos qui ont outré Djibouti. Le pays, par l'intermédiaire de son ambassade à Mogadiscio, a envoyé un communiqué cinglant aux Somaliens en se disant « profondément choqué » par cette demande, alors qu'Asmara occupe toujours une partie du territoire djiboutien.

Coup de sang de l'ambassadeur de Djibouti à Mogadiscio. Aden Hassan Beleloo a jugé l'attitude somalienne inacceptable, ajoutant que son pays ne le tolèrerait pas.
Djibouti accuse l'Erythrée d'occuper une partie de son territoire – la zone de Ras Doumeira – et de détenir toujours 13 de ses soldats. L'ambassadeur a précisé qu'il n'y aurait pas de dialogue tant que son voisin ne retirait pas son armée et ne délivrait pas les prisonniers djiboutiens.

Asmara a aussitôt répondu. Nebil Said, conseiller de la mission érythréenne à l'ONU, a déclaré que son pays n'avait jamais occupé Djibouti et qu'il n'avait aucune revendication territoriale. Selon lui, tous les prisonniers ont été libérés en 2016 et il n'y en a pas d'autres.

Le pouvoir djiboutien « sur les nerfs »

Pour Adan Mohamed Abdou, l'attitude djiboutienne n'est pas la bonne. « C'est trop agressif. Le pouvoir n'a pas à donner de leçons car on pourrait croire qu'il est opposé à la paix dans la région. » Pour le leader de la branche historique du parti d'opposition ARD, « Djibouti est isolé sur le plan régional et le pouvoir est sur les nerfs ».

Une analyse partagée par un spécialiste de la région, pour qui ce coup de colère a aussi des origines économiques. Selon le chercheur, Djibouti n'a pas vu venir la détente entre l'Erythrée et l'Ethiopie. Djibouti bénéficiait de la crise en offrant un débouché maritime à Addis Abeba. Mais la paix risque de donner d'autres alternatives à l'Ethiopie et de pénaliser l'économie djiboutienne.

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