À Ndjamena, des Tchadiennes en colère manifestent contre les violences faites aux femmes

À Ndjamena, le consortium des organisations féminines a organisé une marche pour dénoncer les violences faites aux femmes, le 21 juin 2021. © Aurélie Bazzara-Kibangula/RFI

Une centaine de femmes étaient ce lundi matin 21 juin devant le Palais de justice à Ndjamena pour protester contre les violences faites aux femmes et l’impunité dont bénéficient les auteurs de ces crimes. Les manifestantes étaient furieuses après une nouvelle affaire de viol collectif.

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Le message est scandé par une trentaine de manifestantes habillées de noir et pancarte à la main, décrit notre correspondante à Ndjamena, Aurélie Bazzara-Kibangula. « On est sorti pour dire que c'est non, lance l'une d'entre elle. Notre corps, c'est notre corps ! Cette jeune fille a droit de jouir de son corps et son corps ne doit pas être à la disposition de ces hommes pour le violer. » 

Dans le cortège, des hommes sont là aussi comme ce militant avec un t-shirt estampillé « Femme victime, je te crois » : « Je suis là pour soutenir les jeunes filles qui ont été violés et marginalisé et pour qui la justice n'a rien fait. C'est très important, je suis né d'une femme et j'ai le droit de protéger la femme. » 

Déterminées à se faire entendre

À l'origine de cette marche, une énième vidéo de viol collectif diffusé sur les réseaux sociaux, qui s'est soldé par un arrangement à l'amiable. Pour Rokhaya Mahamat Traoré, la vice-présidente de la ligue tchadienne des droits des femmes, c'est l'affaire de trop : « Nos mamans ont dû faire une marche, il y a 20 ans. Aujourd'hui, nous répétons l'histoire. Aujourd'hui, on veut vraiment se faire écouter. Aujourd'hui, on veut vraiment récupérer ou bien arracher ces droits qu'on nous a volés. »

En mai, une jeune fille de 15 ans, Meram, a été violée par trois hommes. Ces trois hommes ont filmé la scène et l'ont ensuite abandonnée dans la rue à peine consciente. L'affaire a fait grand bruit, car les trois auteurs présumés seraient des fils de hauts-gradés. Une information judiciaire est en cours pour viol et coups et blessures volontaires. Les suspects sont toujours à la maison d'arrêt de Klessoum, selon le procureur de la République.

Dénoncer l'impunité

Mais pour Épiphanie Dionrang, une des organisatrices de cette marche, cette affaire est celle de trop. C'est pour ça qu'elles étaient une centaine à exprimer leur colère dans la rue : « On en a marre ! On a attendu, on a patienté… On croyait que la situation allait changer, mais on est restées au même point. Donc, on veut vraiment dénoncer… Dénoncer ces formes de violence qui existent dans nos communautés depuis toujours et on n’en parle pas, on ferme les yeux ! On ferme la bouche, on ferme les oreilles… On veut aussi dénoncer l’impunité des auteurs de ces actes-là. Face à des tas de viols, on n’arrive pas à avoir gain de cause. »

Épiphanie Dionrang demande à ce que la justice soit moins laxiste sur ce genre d'affaire : « On veut vraiment que la justice assure vraiment la répression de ces auteurs-là ! On nous dit : "Allez dénoncer ça à la police, allez dénoncer ça".  Les auteurs sont en prison et le lendemain on les retrouve dans la rue ! Alors ça sert à quoi d’aller vers cette justice-là ? Je pense que la raison, c'est qu’on n’a pas encore conscience de la gravité de la chose. Et le cas de Meram, c'est celui de beaucoup de femmes au quotidien… »

Dix recommandations ont été remises au ministre de la Justice, parmi lesquelles, la création d'une cellule d'accueil des victimes de viol.

Thérèse Mekombe, présidente de l’Association des femmes juristes sur la manifestation

Alexandra Brangeon

Il y a beaucoup de cas de viols qui passent sous silence. Quelquefois, c'est su par les parents, mais pour la dignité des parents et la protection de la fille, on n'ose pas dénoncer. On préfère gérer ce genre de violences à l'amiable entre les familles.

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