«Partout, ils tuaient des gens»: des hommes armés sèment la désolation dans le nord du Burkina

Un soldat burkinabè patrouille à Dori, le 3 février 2020. (image d'illustration) AFP - OLYMPIA DE MAISMONT

Ces derniers jours, les attaques jihadistes sont de plus en plus nombreuses dans le nord et l'est du Burkina Faso. La plus meurtrière est celle qui a touché la localité de Seytenga, près de la frontière nigérienne, jeudi 9 juin.

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Les hommes armés ont attaqué dans la nuit du 11 au 12 juin. Après une attaque contre la brigade de gendarmerie jeudi dernier, les forces de sécurité avaient quitté les lieux, après un ratissage des forces armées. C’est après leur départ que les hommes armés, qui sont arrivés à moto, ont fait irruption dans la localité de Seytenga pour s’en prendre aux populations, massacrant de nombreux civils.

« J'étais devant ma porte quand ils sont arrivés. J'ai cherché mon fils et j’ai trouvé plein de morts par terre. J’entendais des coups de feu », témoigne une habitante de la localité au micro du correspondant de RFI Fulfulde à Dori.

« J'ai cherché au marché, à la mosquée et à la banque... J'ai enfin pu joindre mon fils et nous sommes rentrés ensemble. À ce moment-là, les jihadistes étaient en train de convoyer les troupeaux de vaches, chèvres et moutons. Nous les avons vus, ils ont tout emmené avec eux », ajoute la femme.

« Quelqu'un qui a peur, il ne s'arrête pas pour compter »

Ils ont aussi semé la mort sur leur chemin : « Ils sont passés par le marché, par la route goudronnée, partout ils tuaient des gens. Partout dans la rue, il n’y a que des morts. Ils ont passé toute la nuit ici et sont repartis le lendemain. Ils ont tué un de mes petits frères », confie la riveraine.

Selon elle, « ils sont partis avec des femmes. Il y avait mes deux cousines qui portaient leurs enfants au dos. Ils les ont amenées en leur posant des questions. Ils les ont torturés avant de les libérer ».

La peur avait déjà saisi la ville depuis l’attaque de la gendarmerie, donc de nombreux civils avaient commencé à fuir en direction de Dori, à près de 50 km à l'ouest. Certains craignaient une expédition punitive. « Ils ont commencé par venir et entrer chez moi. Moi, j'avais dit à ma femme que si on lui demandait où j'étais, de dire que j'étais parti en voyage depuis 4, 6 ou 7 mois. Ils ont tout cassé dans le coin : les boutiques, la pharmacie, l'école, l'hôpital... Il y a eu beaucoup de morts, mais je ne sais pas combien, parce que quelqu'un qui a peur, il ne s'arrête pas pour compter », raconte un habitant.

Un bilan qui pourrait s'alourdir

Le gouvernement a annoncé ce lundi 13 juin qu’une cinquantaine de corps avaient été retrouvés, en plus des 11 gendarmes tués. Ce mardi, ce sont 29 nouvelles victimes qui ont été découvertes portant le bilan à 79 décès. Mais « les recherches se poursuivent », a précisé lors d’une conférence de presse le porte-parole du gouvernement, Lionel Bilgo, laissant donc présager que le bilan pourrait s'alourdir :

« Par vecteurs aériens et terrestres, les forces de défense et de sécurité ont débarqué à Seytenga. Ils poursuivent les recherches maison par maison, lopin de terre par lopin de terre. Ici, il s’agit de dire que le bilan est peut-être plus lourd. »

Si l’attaque a fait de nombreux déplacés, plusieurs personnes sont revenues dans le village. « L’armée demande donc à toutes les populations de collaborer et de leur permettre de faire un comptage afin de livrer un bilan définitif de cette attaque ignoble », a déclaré le porte-parole, demandant aux habitants de signaler si un de leurs proches a été tué par ces hommes armés.

Le bilan de la tuerie à Seytenga est peut-être plus lourd que la cinquantaine de morts retrouvés, selon le gouvernement

Yaya Boudani

Près de 3 000 personnes déplacées

L’attaque a occasionné le déplacement d’environ 3 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, accueillis à Dori, une quarantaine de kilomètres plus loin, rapporte notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani. Ces déplacés sont installés sur une dizaine de sites. Des habitants de Seytenga et de ses environs qui arrivent à dos d'âne, en charrette, à tricycles ou à pied. Ils ont parfois fait de longs détours pour éviter la route principale.

« Les populations sont accueillies grâce à l’armée et à l’action humanitaire du côté de Dori, a poursuivi le porte-parole gouvernemental. Tous ceux qui avaient besoin d’assistance sanitaire ont été pris en charge, et tous ceux qui avaient besoin d’assistance alimentaire ou autres ont été pris en charge. Une cellule psychologique a été également positionnée du côté de Dori pour accompagner ces victimes-là. »

De son côté, la société civile et les autorités locales de Dori ont promis de prendre en charge les déplacés, principalement des femmes et des enfants.

Face à la situation, le porte-parole du gouvernement appelle les Burkinabè à enterrer toute leurs divergences pour se rassembler autour de la défense du territoire national. « Le pays est en deuil, nous avons été frappés et ces actes ressemblent à des actes de représailles, car ces dernières semaines, l’armée a créé une saignée dans les rangs des terroristes. »