Thaïlande: ces nouvelles icônes qui surgissent au milieu du brouillard

Les jeunes rescapés de la grotte de Tham Luang, honorés avec leur entraîneur et leurs sauveteurs le 6 septembre à Bangkok. Derrière eux, le portrait du roi de Thaïlande.
© REUTERS/Soe Zeya Tun

Depuis plus de quatre ans, la Thaïlande se retrouve sous l’égide des militaires qui ont saisi le pouvoir en mai 2014 lors d’un coup d’Etat. C’est la plus longue période de régime militaire depuis les années 1970. Parallèlement, le modèle sociétal mis en place au début du XXe siècle ne fonctionne plus. Et la disparition il y a deux ans d’un roi adoré par la population a créé un malaise au sein du pays. Dans cette transition douloureuse, les Thaïlandais se cherchent des héros pour insuffler l'espoir.

De notre correspondant à Bangkok,

La Thaïlande se trouve un peu en crise d’identité. Le pays patauge dans l’ornière boueuse creusée par les militaires. La disparition du roi Bhumibol, fin 2016, a été un choc considérable, car il était le principal facteur d'unité, dans une société socialement très divisée. Les Thaïlandais souffrent donc, et comme c’est souvent le cas dans ce type de situation, ils se cherchent des héros.

Les derniers héros qu’il se sont découverts sont au nombre de 13. Ce sont les 12 enfants et leur entraîneur de football qui ont été bloqués en juillet dernier, pendant deux semaines sans nourriture, dans une grotte du nord du pays.

Finalement, ils ont été pu être évacués sains et saufs dans le cadre d’une grande opération conjointe entre les secouristes thaïlandais et des experts internationaux. Jeudi, l'actuel monarque, Vajiralongkorn - le fils de Bhumibol -, a donné une grande réception dans le quartier historique de Bangkok pour célébrer leur ténacité et remercier tous ceux qui ont participé à l’opération de secours.

Besoin d’espoir

L'affaire de la grotte de Tham Luang, c’est une histoire qui finit bien, mais qui n'a pas été sans difficulté. Au départ, beaucoup pensaient que les enfants n’allaient pas survivre, en tout cas par tous. Cela a été une épreuve longue et douloureuse, l’espoir s’est même parfois éteint.

Mais l’important, c'est qu’au final, les Thaïlandais, s’appuyant sur leurs qualités intrinsèques (ouverture à l’étranger, flexibilité, persévérance et sens du sacrifice) ont remporté l’épreuve. Ils ont souffert, mais ils ont vaincu. Cette victoire malgré tous les obstacles a transformé les enfants et les secouristes en héros, une sorte de parabole qui, en somme, redonne de l’espoir au pays.

Un événement isolé ?

Un autre exemple s’inscrit en grand dans le même format. Il s’agit d’un chanteur de rock, Toon Bodyslam, qui a couru en décembre dernier du nord au sud du pays, soit une distance de 2 200 kilomètres pour récolter des fonds pour les hôpitaux publics. Toon a souffert, il a presque abandonné à cause de douleurs très fortes dans les jambes, mais finalement il est parvenu au bout du défi qu’il s’était lancé.

Là aussi, on retrouve le même schéma : générosité, puis victoire malgré les obstacles. Et comme l’affaire de la grotte de Tham Luang, l’odyssée de Toon Bodyslam a été un rare moment d'unité nationale. L'enthousiasme soulevé par le chanteur dans tout le pays a contrasté crûment avec l'agacement croissant des Thaïlandais vis-à-vis de la junte au pouvoir.

► À relire : En Thaïlande, l’odyssée des enfants de la grotte, au-delà du réel

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