Hongrie: un pasteur fait le buzz en apportant de la nourriture à des réfugiés

Des migrants traversent la frontière entre la Hongrie et la Serbie en passant sous des barbelés. (photo d'archive)
© REUTERS/Bernadett Szabo/File photo

En Hongrie, cette semaine, les réseaux sociaux ont beaucoup commenté l’initiative d’un pasteur qui s’indigne que les autorités du pays privent de nourriture certains demandeurs d’asile.

Avec notre correspondante à Budapest, Florence La Bruyère

En Hongrie, le pasteur méthodiste Gabor Ivanyi est connu pour son engagement envers les sans-abris, les Tsiganes et les réfugiés. Une vidéo diffusée sur le site du journal HVG montre cet homme imposant à la longue barbe blanche arriver au camp de réfugiés de Röszke, dans le sud du pays. Il apporte du pain, du poisson en conserve et des pommes aux réfugiés. Le pasteur se dirige vers l’entrée du camp, un complexe grillagé entièrement entouré de barbelés. Mais les gardiens ne le laissent pas entrer.

Face à la caméra, Gabor Ivanyi explique qu’il a demandé en vain au ministère de l’Intérieur une autorisation pour entrer dans le camp. Le pasteur déplore que la Hongrie prive des réfugiés de nourriture. « Notre pays s’éloigne de l’Europe », déplore l'homme d’église.

Les autorités hongroises ont décidé de priver de repas certains demandeurs d’asile. L’origine de ces mesures, raconte le portail indépendant Index vient d'une nouvelle législation entrée en vigueur le 1er juillet dernier. Elle permet de rejeter automatiquement les demandeurs d’asile sans examiner leur dossier sous prétexte qu’ils ne viennent pas directement d’un pays où leur liberté est menacée.

On compte très peu de demandeurs d’asile en ce moment en Hongrie : ils sont 133 répartis dans les deux camps du sud de la Hongrie. Ce sont surtout des familles, des malades et des handicapés. Ils ont attendu un an en Serbie, parce que la Hongrie ne laisse entrer sur son sol que deux personnes par jour.

Pousser à bout les migrants

Mais même ces migrants légaux ne sont plus les bienvenus. Les autorités ont commencé à appliquer la nouvelle loi le 8 août, lorsqu’elles ont rejeté les demandes d’asile de deux familles afghanes et de deux Syriens. En attendant d’être expulsées en Serbie, ils restent dans le camp. Mais l’Etat estime qu'il s'agit désormais de migrants illégaux et qu’il n’a plus l’obligation de les nourrir.

Les réfugiés ont pu faire appel de cette décision grâce à une ONG, le comité Helsinki, qui assure gratuitement leur défense. L’organisation a saisi en urgence la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), à Strasbourg. Trois jours plus tard, la Cour a ordonné à l’Etat de nourrir les plaignants et les autorités hongroises se sont exécutées.

Mais les décisions de la CEDH concernent les individus qui portent plainte, pas l’ensemble des réfugiés. Pour l’instant, huit personnes ont été privées de repas. A chaque fois que la Cour rend un jugement, les autorités affament de nouveaux réfugiés, qui portent plainte à leur tour et ainsi de suite.

Sur les réseaux sociaux, le comité Helsinki estime que ce jeu cynique des autorités hongroises a pour but de pousser les réfugiés à bout pour qu’ils repartent d’eux-mêmes vers la Serbie. S’ils ne veulent pas quitter le camp, il est difficile de les expulser. La Hongrie a besoin du feu vert de Belgrade, qui refuse en général. A ce moment là, le gouvernement hongrois est obligé d’examiner les demandes d’asile en bonne et due forme. Pour Budapest, le seul moyen de se débarrasser des réfugiés est donc de les inciter à partir d’eux-mêmes.

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