L'extrême droite en Andalousie: Pedro Sanchez en difficulté

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez.
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Même s'il emporte le scrutin en voix et en siège, le parti socialiste enregistre un recul historique dans la région espagnole de l'Andalousie après 37 ans au pouvoir, au profit d'une majorité à droite. Cette dernière ne pourra se faire qu'avec le soutien du parti d'extrême droite Vox qui, avec 12 sièges, fait une entrée spectaculaire dans l'hémicycle andalou, à Séville.

Un petit parti d'extrême droite, Vox, a fait son entrée ce 3 novembre dans un parlement régional, une première en Espagne, en remportant 12 sièges aux élections en Andalousie. Il a ainsi mis fin à la domination de la gauche, au pouvoir depuis plus de trente ans dans la région la plus peuplée du pays.

« Les Andalous se sont identifiés à une force politique qui respecte leurs traditions et qui leur dit qu'ils peuvent être fiers de leur façon de vivre, de leur semaine sainte, de leurs coutumes rurales et de la tauromachie et la chasse qu'ils peuvent exercer en toute liberté, se félicite son président Santiago Abascal. Ces Espagnols qui ont voté pour nous souhaitent également que soient abrogées les lois idéologiques sur le genre et la mémoire historique. » Vox est un parti ouvertement machiste et se dit victime du « jihadisme de genre ». Il souhaite supprimer les organisations féministes et est opposé à l'avortement.

« La Reconquista se fera depuis le sud de l'Espagne », promet le parti, en référence à la reconquête espagnole sur les musulmans entre le VIIIe et le XVe siècle. Les municipalités qui ont le plus voté pour Vox sont celles qui connaissent le plus fort taux d'immigration en Andalousie. Le parti a fait campagne sur la promesse de déporter les immigrés illégaux, fermer les mosquées fondamentalistes ou encore la construction d'un mur infranchissable dans l'enclave espagnole au Maroc de Ceuta y Melilla.

Vote-sanction

Cette entrée de Vox au Parlement andalous est une gifle pour le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez, analyse Benoît Pellistrandi, historien spécialiste de l'Espagne et enseignant au lycée Condorcet de Paris, auteur de Histoire de l'Espagne. Des guerres napoléoniennes à nos jours (Perrin, 2013). « Les socialistes ne sont pas en mesure de faire une digue de contention face à l’extrême droite, explique-t-il. Une vraie demande de changement s’est exprimée pour la première fois ».

Car trente ans de pouvoir socialiste en Andalousie et de nombreuses affaires de corruption ont engendré un ras-le-bol généralisé, un épuisement du système, « une décomposition que l'on observe dans les autres grands pays européens, où les partis de gouvernement s'épuisent : ils ont donné l’impression de s’être enkystés dans l’administration et de ne plus servir les intérêts du peuple ».

En raison de ce vote-sanction extrêmement sévère contre le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Sanchez ne peut pas avancer les élections générales de 2020 parce qu’il est sûr de les perdre. « Au sein du Parti socialiste, un débat se prépare : les barons territoriaux très forts dans le sud du pays vont demander à Pedro Sanchez de cesser de faire des clins d’œil aux indépendantistes catalans », poursuit Benoît Pellistrandi.

Pour l'enseignant, ce résultat -qui tombe en pleine célébration du 40e anniversaire de la Constitution démocratique de 1978- est aussi une très mauvaise nouvelle pour la stabilité du système politique espagnol et pour les échéances électorales à venir, que ce soit les municipales, les régionales et européennes au mois de mai, et en ligne de mire, des élections générales qui doivent avoir lieu avant juin 2020.

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