Limogeage du patron de Technip: un parachute doré au goût de scandale

Le PDG de Technip, Thierry Pilenko, va quitter ses fonctions le 1er mai 2019.
© FRANCOIS GUILLOT / AFP

Le patron de Technip, le géant franco-américain du pétrole, Thierry Pilenko va quitter ses fonctions le 1er mai avec une prime de 14 millions d'euros. Le groupe a pourtant perdu deux milliards de dollars en 2018, et ce parachute doré fait polémique.

Les parachutes dorés reviennent régulièrement à la Une de l’actualité. Ils ne concernent que les hauts cadres des grands groupes. Le parachute doré est une prime de départ versée à un dirigeant. Elle a été négociée de façon contractuelle lors de son embauche et détermine les indemnités que la société devra lui verser lorsqu'il partira. Elle peut être perçue sous différentes formes qui peuvent s'additionner comme par exemple une somme d'argent définie, plus des stock-options, à savoir des actions du groupe gratuites ou achetées à un prix inférieur à celui du marché, plus une retraite chapeau, c'est à dire une retraite supplémentaire qui sera versée par l'entreprise après le départ du dirigeant. Point important ces rémunérations sont votées en assemblée générale par les actionnaires.

C'est donc le cas de Thierry Pilenko, qui va partir avec précisément 14 millions d'euros, qui se décomposent de la façon suivante : quatre millions d’euros pour son indemnité de départ, six millions d’euros correspondant à des rémunérations différées sur les dix dernières années dont des actions gratuites, deux millions d’euros au titre de la clause de non-concurrence et enfin deux autres millions d’euros qui l'engagent à ne pas poursuivre Technip en cas de limogeage.

Des pertes records

Cette indemnité obtenue malgré les très lourdes pertes de l'entreprise peut choquer, mais elle n’est pas illégale. Thierry Pilenko quitte le groupe sans avoir commis de faute grave ni avoir été remercié, simplement son mandat n’a pas été renouvelé, ce qui lui permet de garder le bénéfice de ses actions.

En 2018 Technip a affiché une perte record de deux milliards de dollars. TechnipFMC est un groupe parapétrolier spécialisé dans l'ingénierie pétrolière. Il est le résultat de la fusion en 2017 du français Technip et de l'américain FMC Technologie. Un rapprochement, selon les syndicats, mal conduit. Thierry Pilenko, qui a piloté cette fusion, n'a pas obtenu la valorisation attendue et deux ans plus tard l'action a perdu 40% de sa valeur. Malgré cela, la direction du groupe justifie l'attribution des 14 millions d'euros par le travail accomplie à la direction de Technip depuis plusieurs années par Thierry Pilenko. Une justification qui a du mal à passer auprès des salariés du groupe et de la classe politique.

« Une prime à l'échec »

Dès l’annonce, ce vendredi matin, de l’attribution de ce parachute doré, des réactions ont fusé. Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux a déclaré que « si les faits décrits sont exacts c'est une prime à l'échec ». Quant au ministre de l'économie, Bruno Le Maire, il se dit outré par le versement de 14 millions d'euros et parle d'un comportement intolérable. Certes dans le contexte social actuel avec la colère des « gilets jaunes », il difficile pour le ministre de se taire. C'est récurrent en France, à chaque fois qu'un départ est accompagné d’une prime colossale, la classe politique s'indigne, et très souvent le patronat agite son code de déontologie qui selon eux encadre tout abus.

Ces indemnités sont mieux perçues chez les Anglo-saxons où les primes sont beaucoup plus élevées qu'en France. A titre de comparaison le PDG du groupe français Total, est parti en 2017 avec un bonus deux fois moins élevé que celui accordé par Technip, alors que Total affichait des milliards de bénéfice. En Allemagne, la Deutsche Bank a versé 24 millions de prime de départ à trois dirigeants remerciés pour mauvais résultats financiers.

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